Le (grand) Bazar de la Charité

Soyez honnête : que saviez-vous du Bazar de la Charité avant que la télévision ne s'empare du sujet pour en faire un téléfilm (oui, je sais, on ne dit plus téléfilm, mais mini-série, mais j'écris ce que je veux, c'est mon article) ? Avouez-ons-le, pas grand'chose. Et si, en plus, comme moi, vous n'avez pas regardé, vous n'en savez guère plus aujourd'hui. Sauf que…

Sauf que voilà : il est fort probable que vous en ayez tout de même entendu parler : dans le métro, le bus, au restaurant, ou même en famille, découvrant alors à table que tout le monde autour de vous l'avait regardé… Et il est tout aussi probable que vous ayez eu droit aux commentaires les plus effrayants sur cet événement. En gros, vous en aurez retenu que le Bazar de la Charité était une sorte d'exposition façon Emmaüs version XIX° siècle. Et qu'un immense incendie coûta la vie à de nombreuses personnes, essentiellement des femmes, les affreux bonshommes ayant déserté les lieux en priorité. Je schématise et je fais court, mais en gros, c'est ça. Je ne voudrais pas qu'après vous me reprochiez d'avoir divulgâché l'affaire.

Sauf que voilà : l'histoire ne s'est pas tout à fait passée ainsi. Enfin disons que le tableau n'est peut-être pas aussi noir qu'il y parait. C'est pourquoi il serait bon que vous fassiez un petit tour sur le site bazardelacharite.fr … Vous allez y apprendre deux ou trois vérités qui vous remettront les idées en place.

Vous y apprendrez que "Le Bazar de la charité est un rendez-vous annuel permettant aux œuvres de charité de se succéder d’un jour à l’autre au cours d’un "salon" où les exposants – ou plutôt les exposantes car il s’agissait exclusivement de femmes – vendaient au profit des plus nécessiteux. (…) En 1897, les organisateurs avaient agrémenté le Bazar de la Charité d’un décor attractif : ils avaient reconstitué une rue du Moyen Âge de 80 mètres de long, provenant d'un décor de théâtre. Attenant à l’édifice de pitchpin et de toile goudronnée, une petite pièce de bois où se pressait le tout Paris, accueillait l’invention magique qui révolutionnait le monde en ce XIXe siècle finissant : le cinématographe, lequel était équipé d’une lampe fonctionnant à l’éther. Tel était le dispositif, ô combien inflammable, qui allait transformer en un instant cette vente animée par l’espérance et la joie en une épouvantable tragédie marquée par les souffrances et le désarroi.

Une malencontreuse allumette grattée par l’un des techniciens de la projection fit flamber en un instant le flacon d’éther. La flamme jaillit si haut qu’elle embrasa d’un coup les murs et le plafond de la pièce, gagna les charpentes pour se propager, à la vitesse d’un éclair, sur toute la longueur de la toile qui couvrait la grande rue du Bazar de la Charité. Pendant dix longues minutes, les hurlements de douleur fusèrent de tous côtés tandis que les personnes présentes, prises comme dans une souricière, sombraient, tantôt léchées par les flammes, parfois piétinées par l’inconsciente panique qui s’emparait de ces dames. La chaleur fut telle que les fenêtres dans la rue commencèrent à se briser et en vingt minutes la toiture embrasée s’effondra sur la foule. (…) La capitale fut plongée dans la consternation et un deuil national fut proclamé. (…)

Ce jour-là, de jeunes enfants disparurent(…) et des adultes périrent (…). 125 personnes tombèrent là, victimes de leur dévouement, auxquelles il faut ajouter au moins 250 blessées, dont certaines très grièvement. On dressa progressivement une liste, qui comptait des enfants, des religieuses, des demoiselles, des mères de familles et des grands mères, sacrifiées dans l’exercice de la charité. Pour les familles commença alors un calvaire sans fin à la recherche d'un être cher. Ce fut une course folle où des questions demeuraient sans réponse et où la cruauté des certitudes succédait à l'angoisse des incertitudes."

Une page du site est consacrée au thème : "Les hommes au Bazar de la Charité : une de ces fake news qui ont la vie dure". Sept hommes sur cent vingt-cinq victimes, cela fait évidemment très peu, comme le reconnait le site. Mais "Aussi simpliste soit-elle, une telle conclusion consisterait à déduire, de façon très déterministe, que les femmes seraient courageuses en voyant le jour tandis que les hommes naitraient pleutres. (…) Ce qui est plus compliqué à comprendre, c’est que, dans d’autres catastrophes, depuis le Titanic jusqu’au Bataclan, il ne semble pas que les femmes eussent été plus nombreuses parmi les victimes. Par ailleurs, parmi les sauveteurs qui furent décorés après la catastrophe du Bazar de la Charité, le ratio est proportionnellement inversé. Faudrait-il pour autant imaginer que les femmes ne savent pas voler au secours de leurs proches ? Évidemment non. Ces derniers étaient, pour l’essentiel des hommes travaillant à proximité dans des établissements embauchant peu de femmes. Les proportions entre hommes et femmes présents le 4 mai 1897 sont connues par les rapports de police comme par les études de plusieurs journaux s’appuyant sur les témoignages dans les jours qui ont suivi la tragédie. Ils estiment entre quarante et cinquante le nombre d’hommes pour une foule comptant entre mille deux cent et mille cinq cent personnes. Rien de bien anormal puisque nous étions un mardi. (…) Sans doute la violence de l’évènement a-t-elle fait perdre la raison à des personnes prisonnières des flammes et quelques cas d’hystérie furent à relever. Ils touchèrent d’ailleurs des personnes des deux sexes. "

Je vous laisse aller consulter le site qui est fort intéressant, et dont je vous redonne l'adresse en bas de page. Pour terminer, laissez-moi vous préciser que le site diffuse une liste nominative des victimes. Avec des photos. Certaines manquent à l'appel, et les responsables du dit site sont preneurs, si jamais vous en retrouviez dans vos archives familiales.

Le site de l'association du Mémorial du Bazar de la Charité

http://bazardelacharite.fr

Et sinon, sur Facebook : https://www.facebook.com/incendiedubazardelacharite/

 

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