Cinq tableaux spoliés par les nazis sous l’Occupation conservés au musée Mandet de Riom

Le Musée Mandet de Riom (Puy-de-Dôme) conserve cinq œuvres siglées "MNR", ce qui signifie "Musées Nationaux Récupération". En Auvergne, trois autres musées se sont vus confier une poignée de ces œuvres : Moulins (cinq tableaux), Le Puy (cinq) et Aurillac (deux). Et donc pas Clermont-Ferrand. "Les collections du musée de Riom étaient déjà, à l’époque, répertoriées au niveau national, et présentaient alors plus de cohérence et d’intérêt que le musée de Clermont, explique Françoise Fernandez, présidente des Amis des musées de Riom. Le musée de Riom était aussi très porté sur la peinture figurative, et notamment l’école hollandaise."
Ces tableaux font partie des biens qui ont été spoliés par les nazis pendant la seconde guerre mondiale à des propriétaires juifs. À la fin de la guerre, sur les 60 000 œuvres spoliées provenant de France, 45 000 ont été rendues à leurs propriétaires ou leurs ayants droit. Environ 12.500, sont vendues pour financer les dommages de la guerre.
L'État, parmi les pièces restantes, en a sélectionné 2 143, dont il a confié la garde aux musées nationaux et territoriaux. Ces derniers ont la charge de conserver ces œuvres sans en être pour autant les propriétaires. Elles attendent une restitution éventuelle auprès de leurs légitimes propriétaires ou de leurs ayants droit, sans prescription de délais pour en faire la demande. Toutes ces œuvres sont recensées sur la base de données "Rose Valland".

De 1953 à 1955, l’établissement riomois a donc reçu progressivement cinq tableaux, dont quatre de l’école hollandaise du 17e siècle. Trois sont, depuis, exposés dans les collections : deux, en mauvais état, sont conservés dans les réserves du musée. Très longtemps, une certaine omerta a entouré l’histoire de ces tableaux « MNR » en France.

Nature morte aux fruits

 

Nature morte

 

Jeune fille à la fenêtre

 

Hercule et Omphale
La Boutique du barbier

 

 

Les choses vont bouger dans les années 90, en trois grands étapes : "La reconnaissance par Jacques Chirac des responsabilités de la France dans le génocide des juifs, la mission Mattéoli sur la spoliation des juifs de France, et les accords de Washington, qui visent à faciliter la recherche des ayants droit des œuvres spoliées", comme le rappelle Françoise Fernandez. Une prise de conscience s’installe alors. Concrètement, elle se traduit en 2014 par la demande de la ministre Fleur Pellerin que les musées dépositaires d’œuvres estampillées MNR mènent une médiation autour de ces tableaux.

Il n'est jamais trop tard pour bien faire. Et c'est ainsi que cette exigence s’est concrétisée en ce mois de janvier 2020, avec l’installation de cartels MNR autour des trois tableaux exposés mais aussi l’aménagement d’une pièce retraçant l’histoire propre de ces œuvres. 

Une pièce retraçant l'histoire des oeuvres "MNR" a été aménagée au musée Mandet de Riom.

Interrogée par La Montagne, Françoise Fernandez développe : "Ce problème de la restitution est devenu un problème civique. On n’a pas le droit de faire comme si on ne retrouvera jamais les propriétaires, même si c’est très compliqué car il faut une preuve, par exemple un certificat d’achat. Il ne faut pas abandonner. Avec internet, avec la publication de nouvelles archives, tout peut arriver. Bien sûr, on se sentira orphelin si on rend un tableau exposé à Riom depuis 70 ans, mais en terme de citoyenneté, ce sera une excellente nouvelle."

Les fiches des cinq tableaux à la recherche de leurs propriétaires sont disponibles sur le site du Ministère de la Culture en cliquant ici.

Musée Mandet – 14, rue de l'Hôtel de ville – 63200 RIOM – Téléphone : 04 73 38 18 53

Source : La Montagne, Base de données "Rose Valland"

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