Eugénie Brazier, un héritage légendaire

Eugénie Brazier est née le 12 juin 1895 à La Tranclière, au sud de Bourg-en-Bresse, dans une famille de paysans bressans originaires de Dompierre-sur-Veyle.
À la mort de sa mère, à 10 ans, elle est placée dans des fermes de la région où elle garde vaches et cochons et apprend les bases de la cuisine bressane. À 19 ans, enceinte sans être mariée, elle est mise à la porte par son père et part tenter sa chance à Lyon, laissant à Dompierre son fils Gaston en nourrice. Employée comme nourrice dans une famille bourgeoise, les Millat, elle devient chargée de la cuisine lorsque la cuisinière attitrée tombe malade. Elle a 20 ans et vient de découvrir sa vocation. Encouragée par ses anciens patrons, elle se fait embaucher à la fin de la première guerre mondiale chez la Mère Fillioux où elle fait son apprentissage, puis fait un passage à la Brasserie du Dragon à Lyon où elle se fait une solide réputation.

Rue Royale à Lyon

Le 10 avril 1921, Eugénie Brazier créé son restaurant, un bouchon lyonnais typique, au numéro 12, de la rue Royale dans le 1er arrondissement de Lyon, proche des quais du Rhône. Ses débuts sont difficiles mais, grâce au bouche-à-oreille, aux éloges du grand critique gastronomique Curnonsky et du Club des Cent, sa table devient vite la plus courue de Lyon.

Le Col de la Luère

À partir de 1928, elle prend du repos à quelques kilomètres de Lyon dans un chalet sans gaz ni électricité, au Col de la Luère à Pollionnay. Ses clients montent la voir et plutôt que de se reposer la pressent d’ouvrir un second restaurant. En 1929, c'est chose faite. Le Col de la Luère devient l’annexe de son restaurant lyonnais les week-ends et au retour des beaux jours.

 

En 1932, elle est récompensée de deux étoiles au Guide Michelin pour ses deux restaurants du col de la Luère et du 12, rue Royale de Lyon. L’année suivante, Eugénie Brazier fait partie de la première promotion de chefs cuisiniers à obtenir 3 étoiles au Guide Michelin avec Fernand Point et Marie Bourgeois, mais la seule à obtenir deux fois trois étoiles pour ses deux restaurants. Exploit que seuls Alain Ducasse, Marc Veyrat, l’américain Thomas Keller et Joël Robuchon, Yannick Alléno égaleront en 1997, 2001, 2006, 2012, 2017.

Elle devient vite l’emblème de la cuisine lyonnaise au niveau international et Édouard Herriot, maire de Lyon dit d’elle: « Elle fait plus que moi pour la renommée de la ville. »
Les années passent et en 1946, elle laisse la rue Royale à son fils Gaston, mais garde le Col de la Luère.

Sur cette photo, on distingue Paul Bocuse, à gauche.

Cette même année, Paul Bocuse, alors âgé de 20 ans, y entre en apprentissage où en plus de faire la cuisine, il entretient le jardin potager, trait les vaches, fait la lessive et le repassage. Il gardera un souvenir fort de ses années chez la Mère : “La vie était dure mais j’y ai appris son métier.”

 

En 1968, âgée de 72 ans, Eugénie passe définitivement la main à son fils Gaston qui lui succède.
En 1971, Jacotte Brazier, fille de Gaston Brazier et donc petite-fille d’Eugénie, intègre le restaurant de la rue Royale dont elle prend la direction en 1974, à la mort de son père, et assure avec sa mère Carmen Brazier l’héritage de sa grand-mère et de son père pendant trente ans.

Eugénie Brazier meurt en 1977, âgée de 81 ans.

En 2003, pour fêter les quatre-vingts ans du restaurant, la rue la plus proche du restaurant du 12, rue Royale est rebaptisée rue Eugénie-Brazier par la mairie de Lyon.
En 2004, après la mort de sa mère, Carmen, Jacotte Brazier vend le restaurant de sa grand-mère à deux amis qui font rapidement faillite, et en octobre 2008, le chef étoilé Mathieu Viannay (meilleur ouvrier de France en 2004) reprend La Mère Brazier en modernisant l’établissement et la carte. Le restaurant accède à la deuxième étoile au Michelin, dès mars 2009.

Une association, Les amis d'Eugénie Brazier

Depuis 2007, en étroite collaboration avec le rectorat, l’association des Amis d’Eugénie Brazier a soutenu 24 jeunes filles dans leur vocation professionnelle pour les métiers de bouche.
Chaque année une dizaine de nouvelles candidates bénéficient de la Bourse Eugénie Brazier qui les aide non seulement à régler leur frais de scolarité et l’achat du matériel nécessaire à leur formation, mais les accompagne aussi moralement pendant tout leur parcours en lycée professionnel et au cours de leurs stages d’apprentissage chez les restaurateurs.
La remise des bourses Eugénie Brazier a lieu chaque année à la mairie de Lyon au mois de décembre durant la soirée annuelle de l’association.

Par ailleurs l'association a créé un prix littéraire pour mettre en avant la transmission du patrimoine culinaire et faire la promotion des actions de l’association.
Chaque année, le Prix Eugénie Brazier récompense un livre de cuisine écrit par une femme ou sur la cuisine des femmes (le Grand Prix), une illustratrice ou une photographe d’un livre de cuisine (Prix de l’Iconographie), un roman ou essai gourmand (Prix du Roman ou de l’Essai Gourmand) et un livre de cuisine dans la catégorie Francophonie et d’Ailleurs.

Cette année, le Grand Prix Eugénie Brazier a été décerné à Meet My Mama pour Les mamas cuisinent le monde, publié aux Editions Hachette Cuisine. Le prix de l’Essai Gourmand a été remporté par Marie-France Bertaud pour le Petit traité du Haricot aux éditions Le Sureau-Adverbum. Emanuela Cino s'est vu remettre quant à elle le Prix de l’Iconographie et de l’Image avec Les mamas cuisinent le monde, publié aux Editions Hachette Cuisine. Le prix de la Francophonie et d’Ailleurs a été remis à Christine Rudolphe et Susie Théodorou pour Copenhague, publié aux éditions Marabout. et enfin, SOS Recettes, de Catherine Roig, publié aux éditions Hachette Cuisine, a reçu le prix coup de cœur du jury.

L'association dispose d'un site internet : www.amiseugeniebrazier.fr

Sur votre agenda :

Un cycle de conférences sur l’histoire de Lyon est organisé par le Musée de l'Histoire de Lyon et André Pelletier, professeur émérite de l'Université Lumière Lyon 2.

Notez que le 17 juin une conférence sera donnée sur le thème :
Eugénie Brazier, surnommée la « Mère »Brazier (1895-1977)
par sa petite-fille Jacotte Brazier.

 

Auditorium de Gadagne – Durée : 1h30 – Tarif : 3€

Page Facebook de l'événement

 

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