La séance de dédicaces

Louise Arnaud – 2012

Je vous l'avais promis. Je vous le dois. Mon retour sur la séance de dédicaces de Carole Chaland et Clotilde Bruneau, à la librairie Glénat de Lyon (Part-Dieu), hier 6 mars.

En préambule, je me dois de préciser que je ne suis pas un rat des dédicaces. Non, je choisis mes proies. Enfin, je veux dire, si je me déplace, c'est que j'ai vraiment envie de rencontrer l'auteur. Genre par exemple, à Quais du Polar, je fais la queue (en avance) pour Karine Giebel mais pas pour Michel Bussi. Ce n'est pas que la signature ou le mot qui m'importent, mais bien la rencontre. Je ne sais jamais trop quoi dire le moment venu, sous le coup de l'émotion, vu que la rencontre est vraiment choisie, et que je me la suis répétée mille fois dans ma tête. Mais par exemple, vous voyez, quand j'ai demandé à KG pourquoi tous ses héros meurent à la fin, eh bien ! elle m'a expliqué. Et j'étais rudement content. À quoi ça tient, hein, le bonheur d'être heureux ?

Hier, donc, j'ai emmené mon fiston à la Librairie Glénat de Lyon. C'est à la Part-Dieu. J'avais prévu 3/4 d'heure pour y aller. Vingt minutes ont laaaargement suffi. Pour vous dire qu'on y était en avance. Après quelques tours dans la boutique, j'ai demandé comment ça se passait, s'il fallait acheter la bédé avant, enfin vous voyez le truc. On m'a gentiment expliqué que c'était mieux, et donc je me suis saisi d'Hippolyte. On ne sait jamais qui tient qui avant d'ouvrir un livre, même si je l'avais feuilleté il y a quelques jours chez Decitre, à Ecully. Mais là, en tout cas, je l'avais bien en mains.

J'ai regardé un peu dans la boutique, il n'y avait semble-t-il qu'un type qui paraissait attendre. Mais il était en pull-over gris. Sans blouson. Faisait-il partie du personnel ? Était-ce un commerçant voisin ? Mystère. Avec mon fils, on a un peu trompé l'ennui. Il faut dire que malgré tous mes efforts, les bandes dessinées lui tombent des mains, hormis Léonard. Avec qui je n'ai jamais accroché. C'est dommage, hein ?

Bon, le temps a passé, et là, sous le crépitement des flashs, Clotilde Bruneau est entrée dans la librairie, suivie peu après de Carole Chaland. La sono était à son comble, façon stade Vélodrome à Marseille du temps de l'ère Tapie. Avec Paul (c'est mon fils), on s'est faufilé au milieu des gardes du corps, pensant légitimement être les premiers dans la file. Et là : surprise. Coiffés sur le poteau, nous ne sommes arrivés que quatrièmes. Devant nous, une femme en baskets, qui avait dû venir en hélicoptère et qui a atterri là sans que l'on sache comment, notre fameux type en pull gris, et un grand chauve à lunettes. Ce dernier a eu la gentillesse de se retourner pour nous demander si par hasard il ne nous était pas passé devant, à quoi je lui ai répondu que non, ce n'était pas grave, et que nous n'étions pas pressés. C'était vrai : ce n'était pas grave. Et nous n'étions effectivement pas pressés. Et en plus, grâce à lui, entre autres, j'ai découvert le monde, que dis-je, l'univers des chasseurs de dédicaces.

Ces gens-la sont manifestement de grands bavards. C'est à celui qui fera le mieux la roue devant ses congénères, et si possible même devant les auteurs, enfin en l'occurrence les autrices. Ou les auteures, comme vous préférez. Chacun ramène un peu sa science, l'un parlant du pédégé de Glénat en l'appelant par son prénom (Jacques, si tu nous lis, tes oreilles ont dû siffler hier après-midi), comme si ce chasseur de primes avait l'habitude de déjeuner (voire diner, ce qui est encore mieux) avec lui, l'autre évoquant son mari pour lequel elle est venue à la pêche à la dédicace, qui a "plus de 6 000 bandes dessinées", et j'en passe. Ça discute, ça copine. Ça évoque tel auteur à côté duquel on était assis dans le train alors qu'on était justement… en train de lire sa bédé et à qui on a refusé de lui faire dédicacer sur place son livre, parce que "oh ben, non, chuis venue à ce salon pour vous rencontrer, donc je préfère faire la queue comme tout le monde plutôt que vous me le dédicaciez là au calme dans un wagon, quand même !"… On a de l'éthique chez les bédéphiles, dis donc.

Photo : Librairie Glénat Lyon

 

Et puis notre tour arrive. Je tends mon exemplaire à Carole Chaland, tout tremblotant. Je lui donne mon prénom, on évoque vite fait L'Ambidextre. Paul, timide, reste à distance. Il était moins farouche face à Jacques Terpant. Allez savoir pourquoi… La discussion continue. La dame en baskets s'en va. Le type au pull-gris qui la tutoie (ils pratiquent manifestement les mêmes battues) lui demande si elle peut lui envoyer un sms une fois qu'elle sera à la Librairie Expérience, où une autre séance de dédicaces est en cours. La dame lui répond que pas de problème, elle n'y manquera pas. On ne se serre pas la main, à cause du Covid-19, on pouffe et on se sépare. Carole prend tout son temps, pour mon plus grand bonheur. De ses mains, le visage de Victoria prend forme. Comme par magie. Tout cela parait simple.  Quelle chance. Quel art, vraiment.

Le dessin fini, c'est au tour de Clotilde Bruneau. Je murmure un merci.

 

La Clotilde occupe la scène. Elle a le verbe facile. On la sent rompue à cet exercice. Contrairement à sa consœur dont on apprend que c'est sa première séance de dédicaces. Tout a un début. Gageons que la série sera longue. On discute un peu. On évoque rapidement Mal tournée et Isa Python. Mon fils étant juste à côté de moi, je fais semblant de feuilleter la bédé. Il a tout juste onze ans. Je ne voudrais pas le traumatiser à vie.

Et là, j'entends Jean-Claude (*) qui demande candidement : "C'in fin essprès si y a des pages en noir et d'autres en blanc ?" Jean-Claude, c'est le gars qui nous est passé devant, vous vous rappelez. Le Monsieur qui nous a confié qu'il avait pris une demi-journée de congés pour venir à la dédicace. En pareille circonstance, si j'étais hauteur, j'aurais du mal à en prendre. Ben si… La Clotilde Bruneau, elle est restée bien calme. Elle a tendu la perche à Carole Chaland : "Cela, il faut le demander à la dessinatrice ! Mais je crois que oui !" Et là, placide, Carole lève le museau et explique que oui, c'est pour mieux marquer l'ambiance, etc. Ben oui, cela semble évident. Enfin, c'est surtout qu'il y a des questions qu'il vaut mieux poser après qu'avant. Je veux dire : après avoir lu. Parce que lorsque l'on lit, on perçoit bien l'intérêt. On imagine bien que cela ne s'est pas joué à pile ou face, cette affaire. Sans blague.

Bref, la séance a pris fin pour nous. On a laissé la place à un autre bonhomme qui lui aussi avait l'air d'être un gros habitué, même qu'il va régulièrement à Angoulême avec plein de bédés sous l'bras.

De notre côté, on n'a pas filé chez Expérience. L'urgence, c'était de prendre notre passeport pour Hippolyte. Enfin, surtout moi. Paul attendra quelques années.

(*) le prénom a été modifié dans un souci de discrétion

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