Le son du jour : Johnny Cash

Le son du jour, c'est celui de Christophe Girard.

Christophe Girard a des accents révolutionnaires. "Je suis né en mai 68 (à Trévoux, dans l'Ain, NDBJ) mais je n'ai pas eu la force de jeter mes premières couches sur les policiers. Depuis toujours, ce mois historique m'a collé à la peau me nimbant d'une auréole révolutionnaire.", confia-t-il sur le site des Enfants rouges. En 1992, Christophe Girard est diplômé de l'école nationale supérieure des beaux-arts de Lyon. Depuis 1997, il est professeur à l’école d’arts plastiques de Nice : La Villa Thiole. Il est venu à la BD en 2005 après une expérience d’artiste-plasticien. Après une collaboration avec les éditions « ! » dirigées par Bruno Letort pour trois albums, il rejoint les éditions Les Enfants rouges en 2010 où le premier volume d’Ismahane obtient une mention spéciale du Jury œcuménique au festival d’Angoulême 2012. Entre 2012 et 2014, il publie une trilogie sur la révolte des canuts à Lyon en 1881, Le linceul du vieux monde. En 2015 et 2016, il publie Bernarreke en deux tomes. En 2018, il publie Virginia Hill, journal d’une affranchie avec mkdeville au scénario. La même année, parait Raymond, avec le scénariste Jeff Legrand et Raymond Poulidor.

Ses travaux actuels tournent, semble-t-il, toujours autour du vélo, si l'on en croit son mur Facebook. Il y confie que Raymond Poulidor devait être co-auteur de son album en cours. Mais de Poulidor, nous avons déjà parlé sur L'Ambidextre.

Il est donc temps de le laisser nous expliquer les raisons de son choix.

"Bonjour, je m’appelle Christophe Girard, je suis dessinateur et professeur d’Art. J’ai 52 ans et cette année, sortira mon vingtième album BD. J’écris ce texte d’une seule traite sinon j’effacerai tout et n’arriverai jamais à le donner à l’heure dite. Pardonnez la syntaxe, la confusion et ce qui va arriver.

Il m’a été demandé de choisir une chanson et de vous écrire dessus. Difficile. Je n’ai pas de chanson préférée. J’écoute énormément de musique quand je dessine, de la pop, du rock, de la new-wave, du baroque, du punk, de la sérielle, du jazz, du rap et beaucoup de blues. On m’aurait demandé 10 chansons, j’aurai répondu pareil, on m’en demanderait 100, j’en voudrai 1000. Je ne peux pas faire de choix. Tant de musiques ont accompagné ma vie ou mes vies. Je suis tombé amoureux de voix, certaines m’ont bercées, d’autres réchauffées, certaines ont accompagné mes révoltes et colères d’autres m’ont fait l’amour.

Je vous écris donc sur HURT interprétée par Johnny CASH (1932-2003). C’est une reprise d’une chanson du groupe de rock industriel Nine Inch Nails. Je n’ai jamais été trop fan de country mais Cash, « the man in black », est quelqu’un à part. Je l’ai découvert, il y a une dizaine d’années, chez un ami qui avait une intégrale de cet homme dont j’avais entendu parlé, plutôt en bien d’ailleurs, mais… Je m’étais réfugié chez cet ami comme l’escale d’un navire ayant traversé les tempêtes et les désastres d’un mariage raté. Et j’ai écouté. 3 Jours. Cette voix… Je ne connaissais rien de sa vie. J’ignorais ses problèmes de drogue, d’alcool, son désespoir de la route. Dans sa voix, j’ai entendu sa modestie, sa générosité et son humanité. Un frère. Un autre.

Et puis HURT. J’ai eu beaucoup de vies. Longtemps, j’ai cherché la rédemption et le pardon. Puis je suis devenu gris.

Un jour avec cette jeune femme croisée sur le quai d’une gare… L’offre d’une nouvelle vie, celle que je vis aujourd’hui, celle dont je rêvais toujours. J’ai changé et j’ai échappé au reste. J’ai de la chance.

Toutes mes BD traitent du même sujet. Des personnes, des groupes de gens qui veulent changer leurs destins. Cela se passe plus ou moins bien mais je sais que j’aide des gens à aller mieux, à réfléchir sur leurs vies, à la changer ou à l’apprécier encore plus. J’ai toujours aidé les gens avant de m’aider moi-même. C’est tellement plus facile.

Alors j’écoute Hurt et je frémis. C’est fort, très fort. C’est tout une âme qui parle. C’est toute une vie qui pleure. Puis à la fin, les marteaux de ce piano qui frappent le jugement dernier. Ce sont des larmes qui me viennent quand j’entends ce tempo.

Ce n’est pas triste. Non. Johnny m’a donné l’énergie, son dernier souffle. Moi, je dois réussir et ne pas avoir de regrets. Plus jamais. Être un homme debout. Un homme en noir.

"

Enjoy.

 

Traduction des paroles transmise par Christophe Girard :

 

Blesser

Je me suis fait mal aujourd'hui

Pour voir si je ressens toujours.

Je me concentre sur la douleur,

La seule chose qui est vraie.

L'aiguille déchire un trou.

La vieille piqûre familière.

J'essaye de tout oublier

Mais je me rappelle de tout

Qu'est-ce que je suis devenu ? Mon meilleur ami.

Tous ceux que j'ai connus ont disparu

Finalement.

Et je vous l'offre de bon cœur

Mon empire de saleté.

Je vous laisserai tomber,

Je vous ferai du mal,

Je porte cette couronne d'épines

Au-dessus de ma chaise de menteur,

Pleine de pensées brisées

Que je ne peux réparer.

Sous les taches du temps,

Les sentiments disparaissent.

Tu es quelqu'un d'autre,

Je suis toujours ici.

Si je pouvais recommencer

À un million de milles plus loin,

Je me préserverais,

Je trouverais un moyen.

 

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