Bach au balcon

La création foisonne, en cette période de confinement, et il serait injuste de relever tel ou tel artiste au détriment de tel ou tel autre, surtout quand tous retrouvent peu à peu le sens originel de la musique, celui de rapprocher les êtres, à travers le don. Il est presque drôle de voir des majors organiser des festivals (payants) de chez soi alors que tant de saltimbanques, à ce jour, ont ouvert les portes de leurs home-studios, des plus connus jusqu’à ceux qu’on voit habituellement, à Lyon,  dans les bars et les petites salles et qui, là, nous convient dans leur cuisine, comme Balmino, présent tous les soirs ou presque, ou leur salon (Suissa, David le Rouge, They Call me Rico, d’autres…).

Olivier Gailly
Photo : Valeria Pacella (tous droits réservés)

À Villeurbanne, sur son petit balcon et depuis le premier soir, c’est Olivier Gailly qui sort son violoncelle et enchante ses voisins : d’un coup, le carré d’immeubles place Granclément fait caisse de résonance, et ils sont tous les jours un peu plus nombreux à mettre le nez à la fenêtre et tendre l’oreille, pour un quart d’heure de Sacré. Bach au Balcon, il fallait le faire et il l’a fait, ce grand escogriffe de l’Orchestre Symphonique de Confluences, repéré dans la Région pour ses participations hétéroclites, entre la chanson  – avec Valeria Pacella, Fred Dubois… – la performance avec les compagnies Thespis, Pascoli, La fiolia ou ses prestations en solo dans les Parcs et jardins de la ville.
Là, confiné, l’esthète joue en duo virtuel avec une claveciniste (voir la vidéo en bas de page) ou une chanteuse, répète sans doute un peu et à 17h pétantes, tous les jours, se présente au balcon, salue et joue. Qu’il pleuve ou qu’il vente fort, à décorner les chevalets. Il ne demande rien, en t-shirt, en hoodie ou à l’écharpe, il joue, récolte des applaudissements et les aboiements d’un chien mélomane. Il joue Bach, donc, mais s’est vite retrouvé à court de morceaux, a tenté quelques improvisations, s’est aventuré dans la musique de film, puis est revenu à ses classiques. Peu importe, pendant un quart d’heure, tant que la batterie du portable le permet, c’est la transcendance, le lien social et culturel par les seuls effets d’un archet. Ça n’est rien, oui, mais c’est pour ça que c’est absolument essentiel. Parce que si quelqu’un doit tout à Bach, c’est Dieu, nous rappelle Cioran. En ces temps de douce Apocalypse – mais surtout de métaphysique –  il est bon de s’en rappeler.
Philippe Giraud

Retrouvez Olivier Gailly chaque fin d'après-midi, à 17h, en direct sur sa page Facebook.

 

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