Le son du jour : David Sylvian & Ryuichi Sakamoto

Le son du jour, c'est celui de Didier Alcante.

Didier Alcante est né le à Uccle, en Belgique. Il s'agit d'un des co-scénaristes de La Bombe, parue chez Glénat il y a très, très, très longtemps. Avant le confinement. C'est vous dire si cela remonte à loin. Le 4 mars 2020 pour être précis. En bon "maître expert Excel", Alcante avait tout planifié. Cela a donné lieu à plusieurs tableaux Excel sur la programmation de La Bombe. Très minutieux sur tous les détails, aussi petits soient-ils, notre homme a effectué un travail d'expert qui aura probablement constitué un facteur majeur dans le bon déroulement de la création et de la production du roman graphique. Jusqu'à ce coup génial du lancement d'une épidémie qui s'est transformée en pandémie, clouant chez eux les premiers acheteurs qui n'ont eux d'autre choix que de le lire, et de le lire jusqu'au bout de ses 472 pages. Plusieurs ouvrages concurrents ont dû être déprogrammés. Un véritable Hiroshima littéraire. Depuis, ce ne sont que louanges et dithyrambes dans la presse lue, écrite et parlée. Tout blogueur se penchant sur l'univers bédéesque n'a d'autre choix que de publier des propos laudateurs à l'encontre du trio Didier Swysen / Denis Rodier / Laurent-Frédéric Bollée. Bien joué : on ne mord pas la main qui vous nourrit, fut-ce (surtout ?) spirituellement. Un signe qui ne trompe pas : même Sebastien Gnaedig, le Directeur éditorial de Futuropolis, est venu les féliciter à la foire du livre de Bruxelles… C'est dire.

Venons-en à présent au choix musical de notre scénariste machiavélo-belge. Il nous en explique les raisons.

"« Forbidden Colours » de Ryuichi Sakamoto et David Sylvian.

La conjonction de la sortie récente de « La Bombe » – qui me replonge forcément dans des ambiances japonaises -, du fait que je suis resté musicalement essentiellement coincé dans les années 80, et enfin de mon goût pour les musiques de film, ne pouvait qu’aboutir au choix de cette chanson.

Elle est tirée de la bande originale du film « Furyo » (titre japonais, signifiant « prisonnier de guerre »). Il convient donc de dire quelques mots à ce propos, afin de resituer la chanson dans son contexte.

« Furyo » (rebaptisé « Merry Christmas, Mr Lawrence » à l’international) est un film de 1983 du célèbre réalisateur japonais Nagisa Oshima. L’histoire se déroule dans un camp japonais de prisonniers à Java en 1942, et se concentre principalement sur les relations psychologiques entre l’officier japonais responsable du camp (joué par Ryuichi Sakamoto lui-même) et un prisonnier occidental rebelle (interprété par David Bowie).

Il s’agit là d’un des films les plus fascinants que j’ai vus, et qui aborde des thèmes aussi variés que l’honneur, le courage, la nostalgie, le remords, les différences culturelles, la survie en temps de guerre, etc, le tout sur fond de tension homosexuelle entre les deux principaux protagonistes. Un étrange mélange qui aboutit à une histoire à nulle autre pareille avec un climax hypnotisant, d’une beauté tragique.

La chanson correspond à merveille au film : c’est un étonnant mélange réunissant un compositeur japonais et un interprète anglais, des compositions symphoniques occidentales classiques avec une mélodie orientale, des instruments traditionnels et des synthétiseurs. Tout comme le film, cette chanson s’avère inclassable, fascinante, entêtante et envoûtante. Elle dégage, du moins c’est comme ça que je la ressens, à la fois de la nostalgie, de la violence et de la douceur, de l’amour et de la haine… Bref, un étrange ensemble de contrastes à nouveau.

Au fil des années, elle est devenue –méritoirement – une des BOF les plus connues, et a ouvert une très belle carrière de compositeur de musique de films à Ryuichi Sakamoto, qui allait ensuite notamment contribuer à des succès tels que « Le dernier Empereur » (Oscar de la meilleure musique), « Snake Eyes » ou « The revenant ».

"

Enjoy.

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