Post (Cheval) punk.

S. Pétrier

Il faut croire que ce blog ressasse, ou que le monde d’avant trouve son témoin zéro le 28 septembre 2019. On a déjà parlé, ici, d’Aurelia Kreit, mais tout juste évoqué en filigrane le Voyage de Noz, qui fêtait ce jour-là ses trois décennies (et des poussières) de scène, que les retrouvailles, ce soir-là, ne l’étaient pour eux qu’avec la formation d’origine, ou presque, avec Eric Clapot de retour à la basse, Emmanuel Perrin* de retour aux guitares, Thierry Tollon de retour aux claviers, encadrant les inoxydables

Alexandre Perrin
© Joël Kuby

Alexandre Perrin à la batterie (photo ci-contre), et Stéphane Pétrier au chant. Pétrier, sans insulter les autres, c’est une histoire à part dans le Voyage : celui qui a résisté aux concessions des grands labels, qui est resté à bord et a porté son groupe à bout de bras, toutes ces années, sans rien lâcher de son extraordinaire présence scénique et de sa volonté d’une œuvre.

Parce que les Noz, à Lyon, c’est d’abord un malentendu : des petits minets du 6ème arrondissement qui viennent s’encanailler dans un monde musical plutôt rude, à l’époque des Crabs, de Margaritas Ante Porcos ou de l’Enfance éternelle, dont Denis Lecarme confirmait, juste avant sa disparition, qu’il avait mal jugé l’affaire, à commencer par le talent d’écriture et de composition de Pétrier. On a beaucoup glosé, également, sur le public du VDN, leur côté sectaire et peu éclectique. Davantage porté sur les belles gueules du groupe que sur la culture musicale. C’était une époque où des parents expliquaient qu’on ne pouvait pas être Stones & Beatles, il faut comprendre, et recontextualiser. Ils ne sont plus que deux de l’aventure originelle, et Pétrier confiait que sans Aldo Perrin, il n’y aurait pas eu de 10ème album – le décompte est complexe – au titre elliptique « le début – la fin – le début » et au contenu apocalyptique, avec ce titre prémonitoire : « Juste avant la fin du monde », en 2018.

 

 

Le groupe est connu, à Lyon, pour sa lenteur à accoucher des projets, mais son parcours, de la première K7 bleue (« les chants de l’aurore ») jusqu’à ce dernier opus – en passant par les mythiques « Signe » et « Exit », et un double album, « Bonne Espérance », en 2011, un des plus grands disques jamais enregistré par un groupe français – est linéaire, et sans réelle fausse note. L’âge aidant, Pétrier a mis un peu la pédale douce sur les références culturelles (Lautréamont, Lamartine, Wilde ou Almodovar…), s’est assumé dans son ambivalence : bête féroce sur scène, tout doux à l’extérieur, virulent contempteur du monde moderne et pourtant pur produit de ce qu’il génère. Avec les Noz, on croit toujours que c’est la fin, mais ça n’est justement que la fin du début, au pire. Musicalement, ils se sont aussi largement désimplemindisés, assument des choix plus durs, comme pour se salir un peu : un vrai Cheval punk. La durée fait le reste : quand ils montent sur la scène pour un concert-hommage à Hubert Mounier, en reprenant le sublime «  Capitaine » dans une version testostéronée, un vieil ami, beaucoup plus Stones que Beatles, m’écrit qu’à (s)on humble avis, ils étaient au-dessus des autres. Jamais il n’aurait dit ça d’eux, qu’il ne serait jamais allé voir, avant, en temps normal. C’est toute l’histoire du Voyage de Noz, de ses divorçailles, ses violonistes, ses figures féminines, les premières parties à Fourvière, le clip dans la Demeure du Chaos, les quelques télés, la grande scène d’un Transbordeur plein à craquer en 1989, les petites salles qu’il écume maintenant.

 

 

Et le prochain concert qu’on attend tous, sans savoir s’il viendra ; si de nouveau – de « Anassaï » du Vaisseau Public 87 à sa version du Totem – on retrouvera le point d’ancrage qu’ils sont devenus dans les mémoires lyonnaises. Sans plus de rivalité absurde : il n’y a plus personne pour en dire du mal. Même dans le rock’n’roll on a le respect des anciens.

Olivier Melville

 

Site officiel de Voyage de NozPage Facebook officielle

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* Sorti depuis de sa retraite pour un remarquable projet, Tilda & Dad.

 

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