Le son du jour : Thomas Fersen

Le son du jour, c'est celui de Nicolas Pinet.

Nicolas Pinet est auteur de bande dessinée, illustrateur et dessinateur de presse. Il a d'abord commencé par faire des études en Communication Visuelle puis en Bande Dessinée et en Illustration à l'Institut Saint Luc de Liège ainsi qu'aux Arts Décoratifs de Strasbourg. Il dessine actuellement dans L'Incorrect. Il collabore aussi à la revue Limite. Il a publié son premier album "Vaudevilles" (2014) chez Fluide Glacial dans la collection Trafik. On le retrouve dans "Biscoto, le journal plus fort que costaud", avec son feuilleton "Francis Saucisson contre l'Âge Bête" (2015) puis "Francis Saucisson et l'art de vivre" (2017). J'ai un peu mené l'enquête pour tenter d'obtenir quelques informations sur le bonhomme. Mais il fait manifestement l'unanimité auprès des personnes qui travaillent avec lui. Tout ce que j'ai obtenu comme réponse, ce sont ces quelques mots : "C'est un charmant compagnon et un très bon graphiste, mais aucune anecdote ne me vient en tête." Les autres m'ont formulé des réponses du même tonneau.

Alors, ma foi, le plus simple, c'est de le laisser nous expliquer à présent les raisons de son choix.

 

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           Ainsi L’Ambidextre me demande de choisir une chanson pour l’offrir à ses aficionados. C’est périlleux de sa part, car je suis réputé pour avoir un goût des plus déplorables en matière musicale – d’aucuns disent « à chier » Je ne peux leur en vouloir, j’ai ma part de responsabilité dans ce jugement implacable.

Combien de fois n’ai-je diffusé à différentes assemblées des titres tels que Constipation ou Tu pues du cul de Franky Vincent? Ou encore Agadou de Patrick Zabé, Pour l’amour d’un dauphin de la sombre Daphnièle, Comment ça va ? reprise d’un succès hollandais par Patrick Sébastien et pléthore de titres des Musclés. Sous couvert d’humour, on peut décidément faire subir les pires outrages aux gens que l’on aime.

Mais il est question ici de marquer l’Histoire. Internet n’oubliant rien, voudrais-je que l’on se souvienne de moi comme un programmateur pétomane ? Assurément pas.

Je sais avoir des goûts raffinés. Par exemple, pourquoi ne pas vous proposer Dialogues des carmélites de Poulenc d’après Bernanos ? C’est très beau. À moins que je n’opte pour Werther, Manon Lescaut ou La Navarraise de Massenet ? Et que diriez-vous des Variations Enigma d’Edward Elgar ? Ça aurait de l’allure ! Mais convenons-en, je paraîtrais crâneur et snob (ce que je suis, hélas !) et je n’y tiens pas.

Alors quelle solution ? Le juste milieu certainement. Je dis qu’une chanson française sera parfaite. Sans entrer dans des développements qui se verraient démentis par un élève en première année de solfège, il me semble que la chanson française (et sans nul doute les chansons d’autres pays) se trouve aux croisements de la comptine et de la musique savante et que parfois, elle sait avoir de beaux textes, bien faits. Et disons-le, elle ne paye pas de mine, elle ne fanfaronne pas même quand elle est enjouée et tonitruante. Ce qui est une qualité.

Parmi la ribambelle de titres et d’artistes qui feraient l’affaire, je vous propose Irène de Thomas Fersen dans son enregistrement de 2001 en public à La Cigale. C’est une des plus tristes et belles chansons que je connaisse. Tout y est clair et simple. Je tiens Thomas Fersen comme le représentant contemporain le plus accompli de la tradition chansonnière française. Un troubadour, un conteur, un champion du music-hall embrassant avec aisance différents registres littéraires et musicaux. Si j’arrive un jour à produire une bande dessinée de la trempe de cette chanson je serai aux anges. Et puis elle me rappelle aussi de nombreux souvenirs – déchirants, cela va sans dire. Mais ça le lecteur, s’il est arrivé jusqu’ici, s’en fiche. À raison.

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Appréciez.

Irène par Thomas Fersen

Quand je bois une bière de Bohème
Moi qui suis un buveur d'eau
Je vois de roses pachydermes
Mais cette fois il y a du nouveau
Quand je bois une bière de Bohème
Pas le moindre éléphanteau
Je reçois mad'moiselle Irène
Dans le réduit de mon cerveau
Elle illumine ma lanterne
Certains prénoms sont si beaux
Je reçois mad'moiselle Irène
Comme une colombe dans mon chapeau

Je reçois mad'moiselle Irène
Dans le réduit de mon cerveau
Est-elle, cette maison de reine

Dans votre annuaire des châteaux?
Si je pouvais saisir les rênes
Détourner cette rame de métro
Et prendre la fuite à Varennes

Au lieu de me rendre au bureau
De poste où je trie des centaines
Des milliers de colis postaux
Je confonds Rennes avec Irène
Dans le réduit de mon cerveau

Parfois, je m'endors sur la chaîne
Et j'entends qu'on dit dans mon dos
Qu'à quinze ans, j'ai pas eu d'veine
De m'piquer avec le fuseau
Si j'avais une fée pour marraine
Je lui demanderais ce cadeau:
Me donner les lèvres d'Irène
Plutôt qu'la brûlure d'un mégot

Et comme dans les livres d'étrennes
On s'enfuirait dans un traîneau
Emmenés par quatre rennes
Avec le tint'ment des grelots

Et quand vient la fin de semaine
Que faire de mes jours de repos?
J'aimerais sortir avec Irène
Mais comme je n'ai pas de culot
Je vais seul à la fête foraine
Et j'me fais tirer les tarots
Par une cartomancienne
Pour savoir quelle sera mon lot
Et, selon cette bohémienne
Mon av'nir est clair comme de l'eau
Elle voit de roses pachydermes
Et une solitude sans défauts

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