CC MAJUSCULE.

Photo : Elodie Ganger – L'Essor 42

Christian Chavassieux est un auteur qui laisse parler ses œuvres pour lui, et dans le grand barnum de la littérature contemporaine, ça n’est pas la moindre de ses qualités. L’homme habite dans les parages de Roanne, a consacré un ouvrage à sa ville en 2012, s’inscrit dans la lignée des auteurs qui l’ont marquée, de Simone Weil à Daniel Arsand. Évidemment, il vous dira le contraire, puisqu’il en est persuadé, mais là aussi, ce sont ses ouvrages qui feront office de juges de paix : outre le récent et déjà remarqué1 « Noir Canicule » – sorti à peine avant le grand chambardement – C.C est l’auteur d’un chef-d’œuvre, et ce n’est ni lui ni moi qui le disons, mais Alice Fernay, dont la formule est reprise en bandeau de l’édition de poche de « l’Affaire des vivants »2, une fresque naturaliste retraçant l’histoire de Charlemagne (pas le même) et de sa famille dans le Roannais du dix-neuvième siècle. Rien de bien clinquant, à première vue, mais une épopée qu’on ne lâche pas et qui a montré au grand public, enfin, à quel point l’homme était maître de sa langue, d’une phrase flaubertienne qu’il cisèle à heure fixe, dans son bureau protégé de toute irruption du dehors, sous la vigilance bienveillante de ses chats et de sa douce. Ancien dessinateur de BD, toujours scénariste, cinéaste, dramaturge, romancier, parolier, l’auteur se fait remarquer en 2008 avec « le Baiser de la nourrice » et passe le cap de la diffusion nationale en 2014, avec ce manuscrit, l’Affaire des vivants, dont l’éditeur – Phoebus – dira qu’il était imprimable en l’état, tant les heures de travail en ont équilibré la genèse coruscante. Dans un autre genre, il mène une belle carrière dans la science-fiction (et ses ramifications, la fantasy, l’heroic-fantasy…), chez Mnémos, avec des fresques futuristes, « Mausolées », dystopie sur l’abandon de la lecture et la sacralisation des bibliothèques, causes contradictoires de la disparition du monde, ou « les Nefs de Pangée », allégorie d’une civilisation qui met toutes ses forces dans ce qu’elle doit engager pour sa survie : tous les peuples, de cultures différentes, d’un seul et immense continent contribuent à la quête ultime de la chasse à l’Odalim, le maître de l’Unique, les eaux dont il est la légende et le gardien. On le voit, le spectre est large chez cet auteur protéiforme, qui nourrit son blog, Kronix3, d’une note par jour, qui plus est. À la manière minuscule d’un Michon ou d’un Chevillard, plus certainement à sa façon propre. Ces derniers jours, il donnait même à lire gratuitement les 700 pages d’un manuscrit refusé. Pas par vanité, certainement pas : juste pour que le lecteur se rende compte du parcours d’un livre, et comprenne que l’auteur qu’il suit ne donne jamais à voir que la cime de son travail, et pas les soubassements. D’ici quelques années, les heureux possesseurs du pdf perdu deviendront-ils les Champollion de l’homme aux bretelles ? Chavassieuptologues confirmés, jusqu’au dernier inédit : ils auront eu un temps d’avance sur leur époque.

 

Olivier Melville

 

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