Le son du jour : Alain Bashung

Le son du jour, c'est celui de Christian Chavassieux.

Olivier Melville vous a déjà dit tout le bien qu'il pensait de lui. Difficile après cela d'écrire quelque chose à son sujet. Surtout quand – comme c'est mon cas – on ne l'a pas lu… Ce que je sais en revanche, c'est que pour avoir fait un tour sur le net à la recherche d'informations, je suis tombé sur des foules de critiques toutes plus louangeuses les unes que les autres de son livre « l'Affaire des vivants ». Des pros (« L’Affaire des vivants est une fresque familiale ancrée dans l’histoire d’une société en plein chambardement, un roman parfaitement maîtrisé que Zola ou Maupassant n’auraient pas renié. », « D’où vient le charme de cette chronique que clôt un épisode méconnu de la Grande Guerre ? De l’impossibilité qu’a son auteur de rester sagement derrière le rideau. », « Autour de son Rastignac des tissus, Chavassieux brode les portraits de multiples personnages. Le tout en finesse, sans manichéisme aucun. Du bel ouvrage… ») aux anonymes Lecteurs, lectrices, finissez vite ce que vous avez en cours et jetez-vous sans plus attendre sur ce roman ! Il est en tout point magnifique.»«Premier roman que je découvre de Christian Chavassieux et un vrai coup de coeur.»«Pour une fois, le bandeau du roman a raison : ce roman est un chef d'oeuvre. – «C'est un roman MAGISTRAL !»«l'écriture (…) est magnifique ! Un mélange d'humour et de cynisme qui nous est parfaitement contemporain… Et ça marche. Courez l'acheter, empruntez-le ou, pour les plus malhonnêtes, volez-le mais lisez-le absolument ; c'est sublime.»), les avis semblent unanimes.  Cela donne envie, non ? Je mets en bas de page la présentation du livre pour ne pas surcharger l'avant-propos de Monsieur CC lui-même. Lequel nous explique donc à présent les raisons de son choix.

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           Vous m'aviez prévenu : le plus dur c’est de choisir un seul son. On aimerait trouver LE morceau qui dit tout de nous. C’est impossible, bien sûr. J'ai fini, je ne sais trop pourquoi (l'humeur du moment), par me consoler de ne garder que celle-ci. Ce n'est pas une chanson écrite par Bashung, mais je préfère sa version, sans doute parce que, condamné, il entonne ce chant funèbre avec une force et un calme bouleversants, « dans l'acceptation de tout » dirait Pierre Michon. Je vous mets en lien une version studio (l'image de bord de mer la nuit n'est pas géniale, mais elle n'est pas stupide ou indécente, ça passe). Sa prestation ultime en live, à L'Olympia, est également superbe. Moi, j'ai du mal à la regarder, c'est trop intense. C'est aussi un long morceau, hors norme, et j'aime qu'une chanson (bien écrite) m'emporte pour une interminable embrassade.

           C'est pour cela que j'aime Joanna Newsom (des morceaux de 12, 13 minutes ne sont pas rares chez elle), ou que j'ai écrit pour Jérôme Bodon-Clair de longues chansons. « Comme un légo » est d'abord un texte, douloureux, avec des fulgurances pétrifiantes « Pourquoi ne me réponds-tu jamais ? » (juste suivi par des accords, il n'y a pas de mots, parce que, là-haut, personne ne répond, simple et efficace, hein ?) ; « Quelqu'un a inventé ce jeu, terrible, cruel, captivant »  ; « au delà, c’est le vide »… des adresses à Dieu qui « voit le monde de si haut », ou à tous les ciels indifférents qui nous dominent et que nous peuplons de magie, un peu par lâcheté, surtout parce que nous en avons besoin, paraît-il.

           Le texte oscille entre la résignation et la révolte, ce qui le rapproche de « A Villequier » de Hugo, que je ne peux jamais lire sans m'effondrer en larmes (c’est sûrement une autre raison qui me l'a fait choisir, cette parenté). Tout y est, je crois, de nos drames intimes et de la geste humaine, la permanence, notre condition de mortels, nos fraternités, nos ressemblances irréductibles, nos vaines tentatives d'individualisation pour les nier, nos aveuglements, les artifices qui nous happent avec notre consentement, notre inconséquence et notre noblesse tragiques.

           Je ne suis pas musicien, même pas mélomane, mais quand j'écoute de la musique, populaire ou classique, quelle qu'elle soit, je fais ça : j'écoute, et rien d'autre. Je ne peux pas travailler en musique, sauf de rares exceptions. Bon, je voulais juste dire ici que je ne saurais pas analyser la composition musicale, mais ce rythme lent, régulier, qui ajoute, à la scansion des mots, un martèlement de prière, a quelque chose d'une économie primitive, biblique, en parfaite adéquation avec le propos, et puis, quand revient de façon plus vigoureuse le violoncelle au mitan du morceau, puis que l'harmonica souligne la mélodie, bon sang, on est livrés, pantelants, au texte qui vous saisit à la moelle. C’est juste avant « Pourquoi ne me réponds-tu jamais ? » et j'admets que, chaque fois, ça m'abat et m'élève. Comme font toutes les œuvres essentielles.

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Appréciez.

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Comme promis plus haut, voici la présentation de « l'Affaire des vivants » de Christian Chavassieux.

« Charlemagne venait d’avoir vingt ans. La République proclamée demandait un nouvel effort aux citoyens. Napoléon III était allé chercher la mort à Sedan et n’avait trouvé qu’une honteuse capture. Le décret du 14 octobre mobilisait les célibataires de son âge et les veufs sans enfants, jusqu’à quarante ans. En quatre mois, après Sedan, le pays qui n’avait plus d’armée réussit à organiser la mise en marche d’un million d’hommes. La guerre était dans l’ordre des choses  : chaque génération en avait connu une ; à l’exemple de ses aïeux, Charlemagne fit ses bagages, pansa les bêtes comme à son habitude, et prit le chemin de Mérives avant l’aube, tandis que la ferme sommeillait encore. »

Né dans une ferme pauvre des environs de Lyon, Charlemagne va connaître le destin exceptionnel d’un enfant de la République littéralement brûlé par l’ambition. Puissant, dur au mal et sans grande considération pour les obstacles, cette force de la nature fera des sillons maigres de la terre de France le socle d’une industrie naissante. Se savoir obéi dès le plus jeune âge et porter cet étrange patronyme détermine-t-il la place d’un homme dans le monde ? Mais que reste-il d’un empire, une fois le tyran tombé ?

Vaste saga historique et familiale, L’Affaire des vivants, premier roman de Christian Chavassieux paru aux Éditions Phébus, est aussi le portrait épique d’un pays au carrefour de son histoire.

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