Tilda & Dad : l’interview

La magie apparaît d'un seul coup d'œil : la touche convaincante de DAD sur sa guitare, regardant sa fille d'une manière doucement protectrice et imaginant son âme dansant pendant qu'elle chante. Vous pourriez certainement dire qu'ils sont spéciaux parce que leur relation père-fille est absolument unique : des morceaux de leurs âmes sont liés en un seul, où la mélodie de DAD rencontre la douce voix de TILDA. Leur lien est puissant, plus fort que toute autre chose ; quand il s'agit de faire de la musique, ils écoutent simplement leur cœur, battant de manière très symbiotique. Leur parcours musical a commencé à prendre forme il y a 5 ans. Avec l'album «Forever Bees», vous retrouverez leur relation entre les notes mais – en plus de cela – vous comprendrez combien la vie vaut la peine, combien VOUS en valez la peine, en vous éloignant des personnes toxiques qui ne méritent pas nos cœurs purs. La musique de TILDA & DAD est une véritable énergie, l'expression du véritable amour. Honnêtement, nous avons beaucoup à apprendre d'eux et je pense que leurs chansons sont déjà de belles leçons.

Nous avons été heureux d’interviewer Mathilde et Emmanuel Perrin qui ont accepté de répondre aux questions de L’Ambidextre.

 

Stefania Netti

 

______________________________

Mathilde et Emmanuel, remontons aux origines : comment est née votre passion pour la musique?

DAD: Ma passion pour la musique a finalement commencé très tard (vers l'âge de 12 ans) quand j'ai entendu la chanson des Beatles «Help !». Mes parents n'écoutaient que Brassens et J.S.Bach à la maison. J'ai trouvé ce vieux vynil au milieu des autres disques et ce fut une révélation incroyable ! Quel choc émotionnel ! J'ai pris 2 ans de cours de guitare classique, puis créé mon premier groupe de rock avec Alex, mon frère, à la batterie. Après une deuxième expérience dans un groupe aux accents plus psychédéliques, c'est en 1986 que nous rejoignons le groupe Le Voyage de Noz avec Alex. C'était une sorte de registre musical "progressif". J'ai joué de la guitare pendant plus de 25 ans avant de créer avec ma fille Mathilde le projet «TILDA & DAD».

TILDA: Autant que je me souvienne, j'ai toujours aimé chanter et danser. Nous avons trouvé une vieille vidéo de moi chantant une des chansons de mon père quand j'avais environ deux ans. À cette époque, je ne pouvais même pas parler correctement, mais la musique était plus facile pour exprimer mes émotions, je suppose. Puis j'ai commencé à jouer de la guitare assez tard (vers 15 ans), et c'est ainsi que j'ai commencé à pratiquer et à améliorer mon chant.

Comment avez-vous fini par former ce duo intéressant ? Racontez-nous votre histoire.

DAD: L'idée s'est imposée très naturellement au fil du temps, sans aucune volonté initiale d'en faire un véritable projet artistique. Nous sommes passés par une série de compositions et tout cela a fini par former un tout cohérent au fil du temps. La question s'est posée au départ de ne proposer que Mathilde en tant qu'artiste : le père étant juste là dans l'ombre pour les compositions, les arrangements, etc … mais l'idée d'un duo père-fille a séduit nombre de nos proches.

TILDA: Je pense que nous avons d'abord été surpris de réaliser à quel point c'était agréable de composer et de jouer ensemble. Nous étions heureux et c'était tout, mais je me suis rendue compte que je devais laisser la musique prendre une plus grande place dans ma vie et cela a conduit à la discussion de bâtir un projet musical sérieux ensemble.

Nous connaissons votre premier album "Forever bees". Nous sommes sûrs que nous trouverons votre lien parmi ces notes mais – à part ça – quel message aimeriez-vous exprimer avec vos chansons ?

TILDA: Je ne me suis jamais dit: "Je dois délivrer un message", mais je serais vraiment heureuse de savoir que mes chansons peuvent avoir du sens pour les gens qui les écoutent. Je pense que les sujets abordés peuvent parler à de nombreuses personnes. D'une manière générale, nos chansons parlent d'être libre, de prendre le contrôle de sa vie et de se détourner des relations toxiques pour être en phase avec soi-même.

Nous ne pouvons pas nous empêcher de remarquer la pure douceur de vos vidéos : on dirait que la musique a été le lien parfait entre vos âmes. À quel point la musique a-te-elle changé votre vie ?

DAD: La musique est pour nous un élément vital que nous avons la chance de partager. C'est comme de l'eau pour une fleur … sans elle, vous vous flétrissez ! Elle a toujours enrichi nos vies, mais l'inverse est également vrai, bien sûr. Nos chemins de vie nourrissent aujourd'hui fortement nos compositions. C'est le lien qui fait vibrer nos cordes sensibles en parfaite harmonie. Pas besoin de se parler. C'est en fait assez compliqué pour les gens qui ont travaillé avec nous, en particulier les ingénieurs du son, car il y a très peu de place pour exister au milieu de nous. C'est ce qu'exprime la pochette de l'album – deux personnages qui ne font qu'un ! C'est l'une des raisons pour lesquelles nous avons fini par enregistrer et produire nos chansons nous-mêmes.

TILDA: Composer de la musique, c'est un peu comme se soigner. Il est bon de sentir que vous pouvez faire quelque chose de positif à partir de certaines blessures et événements difficiles à accepter. La musique a été pour moi un moyen de m'accepter et de me découvrir. J'ai souvent réussi à exprimer des choses dans la musique que je ne pouvais pas traduire avec des mots. Cet effet libérateur est plus fort avec l'utilisation du français, ma langue maternelle, qui résonne plus profondément en moi.

Emmanuel, vous avez été le guitariste du célèbre groupe de rock français "Le Voyage de Noz" pendant environ 25 ans. Est-ce intrusif de vous demander pourquoi vous avez choisi de partir ?

DAD: J'ai vécu des expériences fantastiques avec ce groupe. D'abord humainement parlant et artistiquement bien sûr, avec des gens que j'admire beaucoup. J'ai beaucoup appris d'eux sur le monde de la musique (concerts, studios, médias …) et aussi sur moi-même, mais curieusement, je ne me suis jamais complètement révélé, comme si je n'étais pas libre. Un groupe impose forcément des concessions, j'ai donc voulu tracer mon propre chemin, celui qui mène à soi, à sa nature la plus profonde … et sur ce chemin, quelle chance, il y avait Mathilde ! La voix et surtout l'âme du périple.

Une question à vous deux : comment imaginez-vous votre avenir ?

DAD: La première chose est de continuer à créer des émotions, à partager, à faire plaisir aux gens, à faire le bien autour de nous ; au-delà, notre souhait – pas si secret – est bien sûr de pouvoir vivre de nos chansons. Pour jouer en public et créer de nouvelles chansons.

TILDA: Bien sûr, j'aimerais pouvoir organiser ma vie autour de ce projet musical. Cela signifierait gagner sa vie grâce à la musique. Je sais que j'ai besoin de musique dans ma vie : si ce projet ne me permet pas d'en vivre, je continuerai toujours d'en faire de toute façon.

Quel est le secret d’une bonne relation père-fille ?

DAD: Le secret réside dans le lien qui s'est forgé.

TILDA: C'est une question vraiment difficile car bien que nous ayons une relation spéciale, je ne pense pas que nous puissions donner de conseil ! Nous avons la chance de bien nous entendre et de nous ressembler à bien des égards dans la vie. Bien sûr, une bonne relation est maintenue grâce à une communication fréquente et respectueuse.

Mathilde écrit, Emmanuel compose. Comment arrivez-vous à tout combiner dans une symbiose aussi parfaite ?

DAD: C'est une évidence. Tout se met en place avec une grande fluidité.

TILDA: Oui, c'est vrai, mais il est également vrai que nous devons être organisés et que nous passons beaucoup de temps à planifier notre projet. Nous communiquons beaucoup et nous nous appelons presque tous les jours quand nous ne pouvons pas nous voir pour parler de notre musique.

Quels réseaux sociaux utilisez-vous et sur lesquels êtes-vous le plus présents ?

DAD: Nous sommes plus présents sur Facebook, Instagram, YouTube, mais se mettre en scène, promouvoir notre image n'est pas quelque chose de naturel pour nous : cela exige un réel effort de notre part, parfois c'est même un peu contraignant. Nous avons même imaginé à un moment donné, un peu comme Daft Punk, ne jamais montrer nos visages, d'être en contre-jour ou de travailler avec des dessins et des illustrations.

TILDA: Je dois avouer que j'ai eu du mal à accepter l'idée de me mettre en scène. Je suis de nature timide et préfère souvent passer inaperçue, et pourtant j'aime faire de la musique : précisément parce que cela me permet de me libérer sans aucun doute, mais c'est vrai que je ne suis pas à l'aise avec les réseaux sociaux. J'ai encore beaucoup à apprendre !

Comment trouvez-vous l'inspiration pour vos chansons ? Avez-vous parfois des idées contradictoires ?

DAD: L'inspiration, ça ne s'explique pas … c'est capricieux, ça va et vient avec le vent. Je peux très bien être muet pendant plusieurs jours et me retrouver soudain courant vers notre studio pour composer et enregistrer une piste. J'ai alors l'impression d'être traversé par une énergie, je ne contrôle plus rien, je me laisse emporter. Quant aux conflits d'idées, c'est plutôt un échange d'idées très constructif, comme un jeu de ping-pong, mais pas une confrontation artistique.

TILDA: Je fais une distinction entre l'inspiration pour créer des mélodies vocales et l'inspiration pour les paroles. Concernant les mélodies vocales, j'écoute beaucoup mon père jouer et j'essaye des choses jusqu'à ce qu'on dise en même temps "Oui c'est ça". Donc, dans ce cas, je dirais que je dois me sentir à l'aise et l'inspiration dépendra de l'humeur et de l'énergie du moment. Concernant les paroles, je m'inspire souvent des émotions que j'ai pu ressentir ou des émotions et événements que mes proches ont pu vivre : les sujets du premier album étaient tous très focalisés sur le besoin d'être soi-même. En revanche, l'album à venir parle plus spécifiquement de certains événements ou de relations mais aussi de l'amour. Bien sûr, nous ne sommes pas toujours d'accord, mais nos discussions sont toujours constructives et nous parvenons toujours à trouver des compromis.

Comment avez-vous vécu ce confinement et dans quelle mesure a-t-il affecté votre vie ? L'avez-vous passé ensemble ?

DAD: Il y a bien sûr le côté dramatique et angoissant de cette période : je pense à ceux qui nous ont quittés, aux familles qui ont perdu un être cher, aux personnes les plus fragiles enfermées avec un mari ou un père violent, aux célibataires, aux démunis … tous ces gens m'ont beaucoup touché. Et puis il y a tous ceux qui ont maintenu le système – pas les footballeurs ou les traders – non, les infirmières, les caissières, les agriculteurs, les petits commerçants et bien d'autres… un grand respect pour eux. J'ai aimé le silence des villes et des campagnes : pas de voitures, pas d'avions… juste les oiseaux, les grillons, la nature et les animaux qui reprennent leurs droits, le temps qui ralentit, le stress qui s'estompe, les promenades qui s'allongent. Nous avons été privilégiés dans cet épisode anxyogène car nous avons pu vivre tout cela dans de très bonnes conditions, chez nous, avec un bout de jardin pour respirer. Nous avons eu le temps de composer, d'échanger, d'enregistrer, etc … pour faire avancer notre prochain album.

TILDA: Nous l'avons passé ensemble et cela nous a permis d'avancer tranquillement, en prenant notre temps. Cela ne nous arrive jamais en temps normal, nous courons toujours après le temps. Nous avons essayé de profiter de ce moment spécial et de progresser sur notre prochain album.

Votre relation père-fille joue un rôle très important, surtout pour ceux qui ont des problèmes familiaux : quel genre de conseil aimeriez-vous leur donner ?

DAD: Vous choisissez vos amis mais pas votre famille! Nous avons beaucoup de chance de nous entendre si bien, d'être nés sous cette belle étoile de la musique qui nous rassemble aujourd'hui. Il est difficile pour nous de donner des conseils car chaque situation familiale est différente et certains ne s'entendront jamais. En général, faire preuve d'empathie nous permet de mieux comprendre l'autre personne, de changer la façon dont nous regardons une situation, d'atténuer les tensions.

TILDA : Oui, il n'est pas possible de donner ce genre de conseil. Nous savons que nous avons de la chance. Nous essayons de cultiver cette relation du mieux que nous pouvons à travers la musique.

Quels sont vos prochains projets ? Envisagez-vous de jouer en public ?

TILDA & DAD: Nous voulons sortir prochainement un nouvel album en français. Ce serait formidable si les chansons étaient illustrées avec des clips vidéo. En même temps, nous aimerions faire quelques concerts pour jouer nos premières chansons tirées de l'album "Forever Bees". Nous aimerions également être signés par une maison de disques.

Etes-vous déjà allés en Italie ? Souhaitez-vous vous y rendre tôt ou tard ?

DAD: Oui, nous sommes déjà allés en Italie. Nous avons visité Rome et Venise avec mes deux autres enfants (qui ont dix ans de moins que Mathilde).

TILDA: Parfois, nous y allions chacun de notre côté. Nous aimons tous les deux ce pays, mais nous ne savons pas parler un mot d'italien ! Nous serions ravis de retourner en Italie !

Si vous pouviez jouer en public quelque part en Italie, où cela serait-il ?

DAD: Les Cinq Terres, l'île de Burano, l'île de Vulcano.

TILDA: Partout !

 

 

🎤 Lyrics: TILDA & DAD – Break the rules

[Verse 1]

I can’t whisper anymore

I want to live even more

I can’t whisper anymore

I need to breathe more and more

[Chorus]

I break the rules

And I cross the line

Everyday when I feel fine

Hope someday, you will understand

You need to be as free as I am

I break the rules

And enjoy the world

Everyday when I feel bold

Hope for once, you will listen to me

Embracing a new start, loving to be free

[Verse 2]

I am looking for my heaven

It’s where the magic happens

I am looking for my heaven

I want to tell you…

[Chorus]

I break the rules

And I cross the line

Everyday when I feel fine

Hope someday, you will understand

You need to be as free as I am

 

I break the rules

And enjoy the world

Everyday when I feel bold

Hope for once, you will listen to me

Embracing a new start, loving to be free

 

________________________________________

© Stefania Netti – L'Ambidextre – 2020

Tous droits réservés – Reproduction interdite sans autorisation préalable

Traduction : Bernard Joustrate

Stefania Netti est une passionnée de jeux vidéo et d'écriture. Elle est l'auteur du roman fantastique "Freyja". Elle travaille actuellement sur son deuxième livre "Soulcity".

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *