Esprit du vent : Une grande bande dessinée populaire

Nous reproduisons ici un billet de Jean-Pierre Dionnet paru sur son blog en avril 2010. Il y évoque la bande dessinée italienne, établissant un parallèle avec la production française. L'Ambidextre ne pouvait pas passer à côté. Nous remercions Jean-Pierre Dionnet pour son aimable autorisation de reprise. X.A.

________________________

Esprit du vent : Une grande bande dessinée populaire

par Jean-Pierre Dionnet 
 

 

"Je me souviens il y a quelques années dans un festival, à Naples je crois, je me suis retrouvé à une table ronde avec Moebius et Castelli, le plus grand scénariste italien, à parler avec essentiellement des professionnels dans la salle, des différences entre la bande dessinée française et l’italienne.

Les Italiens dans l’ensemble nous enviaient nos beaux albums cartonnés couleurs, le renom de certains de nos dessinateurs, le fait que leurs originaux valaient beaucoup d’argent, et moi je n’ai pu m’empêcher de leur dire que je les enviais : avec leurs fascicules populaires.

Oui nous avons de beaux livres, mais eux ont encore des grands magazines qui se vendent dans les kiosques, des séries qui triomphent depuis des décennies, mois après mois, comme « Dylan Dog » ou « Nathan Never » et qui donnent du travail à une flopée de dessinateurs et qui sont le seul équivalent aujourd’hui en Europe et en bande dessinée des séries télé qui maintenant triomphent et j’avoue, pendant longtemps chaque fois que j’allais en Italie, m’être approvisionné des séries précitées et de pas mal d’autres pour pouvoir lire à la suite 200 ou 300 pages, de me goinfrer en somme.

Cette année là, j’ai découvert la dernière série nouvelle, c’était  « Esprit du Vent » qui m’a fort marquée et qui sort enfin en France, nous en sommes déjà au tome 8 et j’espère que nous aurons l’intégralité, chez Mosquito.

Les scénarios robustes sont dus à Gianfranco Manfredi et le dessin plus qu’adéquat à Frisenda : un dessin noir et blanc, économe et fort, avec les défauts et les qualités de cette production italienne de masse : c’est bien dessiné, très bien même, mais il y a parfois l’obligation d’utiliser quelques trucs pour aller plus vite et certains dessinateurs se ferment et cessent d’évoluer.

Ce n’est pas le cas de Frisenda qui est encore au meilleur de sa forme et qui me fait penser à ces grands dessinateurs américains de comics trip ou de comic books qui ont pu continuer d’évoluer tout en produisant énormément.

Dans presque toutes ces grandes séries éditées par Bonelli (on dit là-bas « La Bonelli »), il y a un héros et son comparse, un peu comme Laurel et Hardy, ou Phileas Fogg et Passepartout ou Sherlock Holmes et Watson.

Ici c’est le cas, le héros est un indien dakota et son compagnon un sosie d’Edgar Poe, journaliste à ses heures comme ce dernier.

 

 

 

 

Je ne vous raconterais évidemment pas les histoires, toujours semblables et toujours différentes de « Esprit du Vent », le tome 3 « Torches Humaines » est un récit quasi gothique, sorcière brûlée à cause de sa beauté, combustions spontanées, vaudous et secrets terribles cachés dans les familles, derrière des façades respectables : sept hommes devront brûler à cause du péché d’un seul.

Le dernier tome paru à ce jour est le 8, « Le Monstre de Hogan » avec une société secrète, des créatures quasi lovecraftiennes, un fer rouge en forme de « V » comme « Vengeance » qu’on grave dans la peau des victimes et encore une révélation finale toujours autour de sombres secrets familiaux.

Oui décidément j’aime cette bande dessinée italienne populaire qui, quelque part, est encore de la bande dessinée européenne mais qui a aussi les avantages (durée, longueur, répétitions, récit qui peut prendre son temps), de ce que je trouve au Japon dans le manga.

Plusieurs éditeurs courageux ont essayé de sortir en France, en kiosque ou en librairie, « Dylan Dog » ou « Nathan Never ». Pour l’instant, ils semblent avoir abandonné.

Espérons que ce ne sera pas le cas pour « Esprit du vent » qui est une belle série et, ne le dites à personne, une des meilleures bandes dessinées actuelles sur le marché français actuellement disponible.

Avril 2010

____________________

PS : la série Esprit du vent compte aujourd'hui 11 tomes édités en France, le dernier, Whopi, ayant été publié en septembre 2019 chez Fordis dans la Collection Clororado. En 2001-2002, quatre albums de Dylan Dog sont parus en France aux éditions Hors Collection. Ils reprennent des récits parus dans le trimestriel italien Dylan Dog Super Book. En 2010, Bonelli confie la gestion de ses droits internationaux à Panini. Deux albums de Dylan Dog en français paraîtront ainsi en 2013, reprenant des récits parus dans la série mensuelle et dans la série en couleurs Dylan Dog Color Fest. Entre 2015 et 2017, trois albums de Dylan Dog en grand format franco-belge cartonné sont parus aux éditions Mosquito, sous licence de Panini. Il s'agit de récits illustrés par Nicola Mari, tirés aussi bien du titre mensuel que des séries dérivées.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *