« Les intrépides » : Bavardage avec Andrea Campanella et Anthony Mazza

Comme vous le savez, chers lecteurs de L'Ambidextre : nous sommes au nombre des fans des Intrépides, la bande dessinée conçue par Anthony Mazza et écrite par Andrea Campanella.
En Italie, Senza Paura a été publié en 2019, mais sa sortie en France avec le titre "Les Intrépides" est l'occasion pour nous de la mettre en valeur. Il faut dire qu'à cette époque, L'Ambidextre n'existait pas encore.
Aujourd'hui, nous vous proposons un "bavardage" (un mot suggéré par Cristina Mormile, que nous retrouverons bientôt sur le blog) avec Andrea et Anthony.
Nous ne pouvions pas tout évoquer. Nous devions absolument vous laisser la surprise de découvrir cette bande dessinée. Stefania et moi l'avons lue avec nos propres yeux. Elle en tant que femme, et en tant qu'Italienne. Et moi en tant qu'homme avec mon œil français.
Nous tenons à remercier les deux auteurs pour leur grande disponibilité.
Et nous saluons Bérengère Orieux (qui a répondu à nos questions cette semaine), pour avoir relevé le défi de cette édition française. Au pays de Bayard, nous avons peu de reproches  à faire à Senza Paura (Sans peur). Vraiment. Merci Ici-Même. Merci Bérengère.

Xavier Arnaud

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Stefania Netti : Commençons par le début : comment vous êtes-vous rencontrés et comment le projet "Les Intrepides" a-t-il vu le jour par la suite ?

_ Andrea Campanella : C'est Igort qui m'a fait connaitre Anthony et m'a demandé si je voulais travailler avec lui. J'ai regardé le travail d'Anthony et j'ai trouvé quel type de coupe lui conviendrait le mieux.

Anthony Mazza

_ Anthony Mazza  : Tout a commencé en 2017 quand Igort (Oblomov) m'a contacté et m'a dit qu'il voulait publier mon histoire. À l'époque, je n'avais pas de livres publiés au Brésil. C'est ainsi qu'Igort a contacté Andrea et que nous avons noué une amitié via Facebook. L'idée initiale était une bande dessinée noire, mais j'étais plus intéressé par le dessin de Sao Paulo dans le passé (ma ville) ; Andrea a aimé l'idée et c'est de la Coupe du monde de 1950 au Brésil que tout a commencé.

Xavier Arnaud : Anthony, vous êtes Brésilien et Andrea êtes Italien. N'était-ce pas un obstacle dans la conception du projet ? Dans quelle langue vous parliez-vous ?

_ AM  : Nous avons toujours eu une bonne alchimie et une bonne relation. La distance et la langue n'ont jamais été une difficulté. Nous aimons les mêmes choses et avons les mêmes arguments. J'ai parfaitement compris l'esprit d'écriture d'Andrea. Nous avons surtout parlé en anglais, mais j'essaie d'apprendre l'italien. (rires)

_ AC  : Nous communiquions en anglais et aussi un peu en italien, mais immédiatement un sentiment a été déclenché, notamment  en nommant des artistes que nous aimons tous les deux

Andrea Campanella

SN : Quels sont les points forts de cette histoire ?

_ AC  : Je voulais mettre la main sur une histoire d'amitié, de cœur, ce que je n'avais jamais fait auparavant, avec des personnages différents. Créer une œuvre complexe aux multiples facettes. C'était un défi et je pense que ça s'est bien passé. L'histoire est essentiellement une histoire d'amitié et de partage

XA : Andrea, vous soulevez la question de l'immigration italienne au Brésil et du racisme dont ont pu être victimes les Italiens. D'où vous est venue l'idée de vous attaquer à ce douloureux problème ?

_ AC  : L'histoire se déroule au Brésil, mais elle pourrait être comme ça n'importe où. Le racisme est un sujet d'actualité, tout comme la migration.

XA : Le personnage de Luiz est très sympathique. Tant dans sa relation avec sa sœur Vera que dans celle avec son  ami Felipe. Est-il possible de prévoir une suite cette histoire ou s'agit-il vraiment d'un one-shot ?

_ AC  : Il n'y a pas de suite prévue. L'histoire est parfaite comme ça, mais s'il y avait une demande, je ne reculerais pas…

_AM  : Notre histoire est un grand lien familial, et ouvre des perspectives pour la continuation du personnage que nous pourrions envisager, mais pour l'instant nous ne l'avons pas à l'esprit.

XA : Anthony, parlons de votre dessin. Les images sont vraiment magnifiques. Quelles ont été vos sources d'inspiration ?

_ AM  : À l'époque de la production du livre, je vivais dans le quartier où se déroule l'histoire, un quartier historiquement habité par des immigrés italiens. La ville de São Paulo et le quartier ont été mes principales références au style franco-belge clair (Joseph Pinchon, Alain Saint-Ogan et Hergé). Je me suis également inspiré de photos anciennes et de films néoréalistes italiens. Et bien sûr, la bossa nova, la samba et le mpb.

XA : Pouvez-vous nous parler de votre technique de dessin personnelle ?

_ AM  : Pour Les Intrépides, j'ai utilisé l'art traditionnel (graphite et encre) et les couleurs numériques. J'ai également utilisé ma texture spéciale pour donner un aspect vieilli.

XA : L'histoire inclut des scènes de films. Cette intégration est vraiment très réussie. Avez-vous eu un échange de vues sur ce sujet ?

_ AC  : Je suis cinéphile, j'ai étudié le cinéma pendant des décennies et il était normal pour moi de me référer à des films ou à tel ou tel acteur, ils font partie de mon imagination. Anthony et moi nous nous comprenons, nous avons les mêmes amours.

_ AM  : C'était l'initiative d'Andrea, mais dès le début, j'ai adhéré à l'idée de faire comprendre en quoi ils sont des thèmes communs dans notre univers. Andrea a une vaste connaissance du cinéma classique et pendant les recherches, j'ai beaucoup appris sur les films mentionnés.

SN :  Quelle relation avez-vous, ou avez eue, avec le monde du football et du cinéma, au point d'en faire des acteurs vraiment essentiels dans cette histoire ?

_ AC  : J'aime le football et j'y ai joué pendant ma jeunesse. Je le connais bien et je l'aime comme une forme de jeu, de technique, de fantaisie, de tactique, de flair. Dans les années 50, en Italie et en France, la boxe, le cyclisme et le football étaient mes sports préférés. Il y a quelques années, j'ai écrit un roman graphique sur un ami boxeur qui est devenu champion d'Europe dans les années 60. Pour le cinéma, eh bien !, je vis du cinéma et de la musique.

_ AM  : Le cinéma est vraiment essentiel pour moi et j'aime beaucoup l'histoire du football, surtout l'histoire des coupes, mais j'ai toujours été un raté dans le jeu. (rires)

XA : Pendant que nous sommes sur le sujet, quelles sont vos équipes de football préférées dans le Calcio, le championnat français et le championnat brésilien pour vous, Anthony ?

_ AC : Juventus. Nantes, Bordeaux, et Toulouse.

_ AM :  Le Napoli, en Italie. Palmeiras au Brésil. Et en France, le PSG !

XA : Je l'aurais parié !

_ AM : _ Hahaha

XA : Neymar est magique. Mais à Lyon nous avons Juninho.

_ AM : Je pense que Neymar est pathétique mais c'est un bon joueur. Hahah ! Juninho est incroyable en tant que joueur et en tant que personnage public.

XA : Parlons de choses sérieuses : Anthony, quel personnage as-tu le plus aimé dessiner et lte manque le plus aujourd'hui ?

_ AM  : J'ai beaucoup aimé dessiner Luiz et il me manque. Il a des caractéristiques physiques et émotionnelles qui dialoguent avec mon enfance.

XA : Et vous Andrea, y a-t-il un des protagonistes pour lequel vous avez plus d'affection ou qui vous ressemble plus ?

_ AC  : Chacun a évidemment quelque chose de moi en lui, qu'il soit enfant ou adulte.

XA : Stefania a parlé dans sa recension de la difficulté qu'il y a parfois à reconnaître les personnages. J'ai remarqué que la forme des nez est une bonne référence… Était-ce intentionnel ?

_ AC  : Il y a beaucoup de personnages. J'ai donné à Anthony des références précises et je pense qu'il a fait un excellent travail.

_ AM  : De ma part, oui. C'était mon premier livre, j'ai donc dû accepter certaines limites techniques et aussi la question des délais. Après un an, je verrais les choses d'une manière différente, surtout les expressions de certains personnages. Mais c'est un processus d'apprentissage.

SN : Nous vous félicitons pour la sortie de l'édition française. Comment avez-vous connu Bérengère Orieux pour cette adaptation française ?

_ AC  : J'ai appris par Oblomov que nous allions sortir en Belgique et en France. Bérengère m'a écrit sur Messenger, m'a couvert de compliments. C'est une personne douce et très vive.

_ AM  : Je la connais par Facebook et je suis le travail d'Ici Meme, mais la négociation a été strictement conduite par Oblomov. J'ai été très heureux d'apprendre que c'était la première bande dessinée après le retour des publications.

SN : Avez-vous eu d'autres collaborations en France ?

_ AC  : C'est ma première expérience, mais j'espère que cela pourra continuer.

_ AM  : Pour moi, c'est le premier livre publié en France et j'en suis très heureux.

SN : Avez-vous d'autres projets en cours, ensemble ou séparément ? Lesquelles ?

_ AC  : Nous travaillons sur une nouvelle bande dessinée et nous venons de livrer une nouvelle œuvre pour Linus..

_ AM  : Je suis en train de produire un nouveau livre en collaboration avec un écrivain brésilien. Andrea et moi retournons à un nouveau partenariat. A suivre !

 

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