Une Instagrameuse qui nous amuse, mais pas que : @epaulette_pastille

_ Bonjour les amiiiis, comment allez-vous aujourd'huiiiii ? ", c'est ainsi qu'elle accueille ses followers dans le cadre de ses vidéos diffusées sur Instagram. On a eu envie de faire un peu plus ample connaissance avec "epaulette_pastille", 32 ans, éducatrice scolaire dans la vie et Instagrameuse à ses heures gagnées. Elle n'a jamais fait d'études de lettres ni les beaux-Arts  – "alors que c'est là mes vraies passions. Drôle, non ?" – nous dit-elle d'emblée.

 

Ses chroniques sont effet consacrées au livre et aux livres, bandes dessinées comprises. En juillet, elle s'est lancée le défi de "lire tout Camus". "C'est vrai, (…) je compte lire tout Camus pour me rattraper d'une vie sans lui. J'ai été si bête et en même temps c'est maintenant qu'il a du sens pour moi, peut-être pas à 20 ans." Elle commence toujours ses petites vidéos par une tranche d'humour, puis se lance ensuite dans le vif du sujet. Elle explique : "Force est de constater qu'il faut faire rire et sourire avant d'espérer faire réfléchir alors je me laisse aller à ma fantaisie parce qu'ici elle est appréciée, parce qu'ici elle a du sens, elle complète, elle donne du ciment à ce qui va suivre : quelques minutes où j'explique pourquoi ce roman ou cette BD m'a mise hors sol et parfois avec des mots compliqués parce qu'il en faut parfois." Ou pas lorsqu'il s'agit de Carrie de Stephen King, par exemple, dont elle nous explique pourquoi elle ne l'a pas aimé avec gravité mais aussi sourire. D'ailleurs, elle le dit bien : "Nous sommes calme et sérénité, ce n'est qu'un livre, c'est pas grave"…

Son objectif et son ambition, elle les exprime ainsi quand on la pousse un peu dans ses retranchements : "Enseigner l'Histoire un jour peut-être, écrire dans un journal, sans aucun doute, mais surtout et à court terme, donner envie de lire. Que cesse cette violence symbolique où on croit que lire c'est pour les gens intelligents et cultivés et dont c'est le métier. Non, lire, regarder des films, voir des expos, ça aide à vivre, à mettre des mots, à avoir plus d'idées, d'idées qui sont les siennes, c'est une forme d'insoumission et d'insolence que de lire. Voilà, je crois vraiment que la culture c'est gratuit, en tout cas peu cher et que c'est avec insolence et révolte qu'il faut tenir un livre en main. Ça rend libre.  Voilà mon ambitieux projet : être malicieuse et partager cet esprit de désinvolture. Partager, exprimer et peut-être aussi, très égoïstement, me créer cet espace où mon opinion compte, où ma fantaisie a toute sa place et se permet même d'être une mise en bouche pour des prétentions plus esthétiques, pédagogiques, explicatives… appelez ça comme vous voulez." On sent bien qu'elle en parlerait des heures mais pour cela, je ne peux que vous inviter à aller voir ses vidéos pour vous faire une idée précise.

On en vient à parler de ce mois consacré à la lecture de Camus. Et là, le mieux, le plus simple, c’est encde la lire in extenso en parler. Juste avant de lui céder le clavier, je vous donne donc l'adresse de son compte Instagram. N'hésitez pas à vous abonner ! @epaulette_pastille

 

Passer Juillet avec Camus ?

Comme il est séduisant d’arpenter les paysages de l’Absurde, lever haut la tête vers le Soleil de la Révolte avec le voyou des rues d’Alger !

C’est ce qu’on s’est dit mes copains et moi un joli matin de juin. Je suis Epaulette Pastille et il y a encore quelques jours je n’avais jamais lu une ligne d’Albert Camus. Non, non, pas même l’histoire du Meursault sans cœur et sans reproche qui tue à cause du soleil et se voit condamné à mort parce qu’il n’a pas pleuré le jour de l’enterrement de sa maman. J’en étais donc là, toute petite et pas bien maligne à côté des dévoreurs de livres qui vivaient paisiblement leurs vices littéraires entre Alger et Tunis. Et moi alors?

Alors mes petits chats, je ne me laisse pas abattre ! Sachez-le ! Jamais ! J’aime lire ! J’aime faire mon intéressante en vidéo pour partager mes histoires d’amour avec Françoise Sagan, Henri Michaux, Emil Ferris et tous les autres. Mais cette fois c’était du sérieux ! Question d’honneur ! C’était donc un enjeu vital de rendre publique une passion déchirante pour Albert, lecture collective et partage de bons sentiments. Pas de sombre complot, rien de machiavélique ! Même pas ! L’idée est simple : lire au moins un livre d’Albert Camus en juillet, le faire savoir, partager son ressenti, envisager des débats entre ombre et lumière. Voilà tout. Lire et donner envie de lire. Connaissez-vous cercle plus vertueux ? Le lecteur est un ami solitaire, certes, mais qui vous veut du bien.

Alors ça ne suffirait pas, ce serait bien bête de vous dire que je me mets à lire l'Étranger seulement parce que je ne l’ai pas étudié au lycée, pas lu depuis. Que ce serait lourd et sans grâce ! Non ! Je préfère vous dire que le temps Cynique, qui ricane et se trouve bien content du monde qui va mal et bien ce monde avec une fin mais sans fond devrait être celui de l’Absurde, le vrai, celui qui exige d’être en pleine conscience, celui qui impose d’être héroïque par le seul fait qu’on ait décidé de continuer à y vivre. Cette fois seulement vous ajouterez une pincée de lucidité et une bonne dose d’esprit survolté. Le monde est désespérant. On se sent étranger partout, tout le temps. Et après ? “Il faut imaginer Sisyphe heureux”. Il est là le dénouement.

Aujourd’hui, mercredi 1er juillet, j’ai lu le Mythe de Sisyphe. La réponse était là, dans ces 200 pages qui bougent les lignes, irradient d’une énergie solaire et vous abreuve d’une écriture claire et l’impide. On n’est plus jamais seul après Camus. Tout sauf l’inertie ! Tout sauf la violence. Et pourtant je sais bien que le corps pourrit, que le temps passe, que je vais mourir et que toi aussi tu vas mourir. Et puis le quotidien aussi, l’usure des choses qui se répètent jour après jour. T’as pensé à sortir les poubelles d’ailleurs?  Voilà. La vie est banale, peut-être. Pour autant elle vaut la peine d’être vécue 1000 fois, 100 fois, 1 fois au moins parce que je le sais, parce que je refuse de ne pas faire vivre l’absurde, j’accepte qu’il n’y ait pas de sens à ma vie. Je sais ! Je le sais ! Je me sais en pleine conscience et alors à moi la liberté. Je veux être cette héroÏne absurde, entre Don Juan qui accumule les conquêtes sans fin, entre la comédienne qui joue la vie et la mort tous les jours sur scène, l’ordre d’un personnage quand sa propre vie n’est que désodre et la Conquérante, je veux arracher, posséder le réel, entièrement, de façon la plus impossible mais éperdue qui soit. Voilà ce que ça fait le Juillet camusien.

Je me baigne dans l’océan camusien parce que je sais que je ne me noierai pas mais qu’au contraire je vais m’élever. Camus n’a pas besoin d’inventer de nouveaux mots pour avancer sa philosophie, il prend les mots communs et les anoblit, leur redonne du sens et c’est ce qu’il fait à ses lecteurs. On lit comme Camus comme on commence à croire. Je me laisse donc réchauffer par le soleil camusien parce que j’embrasse Albert et lance définitivement un doigt d’honneur à Renaud. Je me laisse embraser par le feu de la confrontation, l’absurde, ce divorce “entre l’esprit qui désire et le monde qui déçoit”. Camus me donne un pain et me dit de multiplier les expériences pour savoir qui je suis, répondre à ma morale, pas celle des autres, dire oui avant de tourner le dos.

Et après il y a eu l’Etranger, l’homme qui marche à l’ombre de la pensée de l’absurde. Mais ça c’est une autre histoire. Et vous ? votre esprit révolté ? votre Camus de juillet?

Le bonheur est un privilège quand on sait le malheur des autres. Le bonheur est intranquille mais il serait révoltant de ne pas le chercher. Voilà pourquoi il faut aimer, lire et aimer lire Camus.

Epaulette Pastille – 1er juillet 2020

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