Le dessin du jour : Entretien avec Elodie Jammes

Née en 1980 à Albi, Elodie Jammes peint, dessine et crée depuis toujours. Pour elle, "tous les enfants possèdent cet instinct créatif, cette impulsion du geste, ce besoin d'exprimer le monde par le trait, la couleur, la matière." Fille unique et d'un tempérament solitaire, elle dit "avoir développé un monde intérieur riche". Sa démarche créative lui permet ainsi d'exprimer ses émotions. Attirée d'abord par l'étude des phénomènes de l'esprit et plus particulièrement la Psychanalyse, en 1998 elle étudie un an en faculté de Psychologie. Puis, changement d'orientation, elle poursuit son cursus en effectuant un BTS d'architecture intérieure. Ensuite, c'est l'École d'Architecture de Toulouse où elle obtient son diplôme d'architecte DPLG en 2007.  Suivent 3 petites années en agence puis 2 ans à son compte avec l'idée de concilier architecture et peinture. Mais en 2012, un choix s'impose. C'est finalement à la peinture qu'elle entend dès lors se consacrer. Son parcours artistique a été fortement marqué par différents séjours aux Etats-Unis. Sa rencontre à l'age de 19 ans avec des grands noms de l'expressionnisme abstrait comme W. De Kooning, F. Kline, R. Motherwell, J. Pollock, ont été révélateurs de sa passion pour la peinture. Par la suite, la découverte d'autres peintres tels que Hopper, Richter, Doig, Monet ou Hockney lui ont ouvert des horizons nouveaux. Influencée par  l'Architecture, ce qu'elle peint, ce sont d'abord des paysages et des bâtiments. Bien que ces créations soient figuratives, ce sont des instantanés qui traduisent une émotion à un moment donné, par le jeu des couleurs,  des flous et des effacements. "J'aime la peinture en elle-même, dit-elle, pour ce qu'elle a de poétique et de mystérieux, pour ce qu'elle provoque chez moi au moment de la création et aussi ce qu'elle suscite chez celui qui la contemple. Je suis gourmande des couleurs vives et contrastées, c'est une ode à la vie !" On a donc eu envie de l'interroger sur son parcours et bien sûr le dessin du jour, en l'espèce la peinture du jour. Propos recueillis par Xavier Arnaud.

Quel fut votre premier contact avec l’art ? Qu’est ce qui vous a donné envie de devenir artiste ?

Kandisky – 1913

Je me souviens très nettement du bonheur procuré, à l'age de 3 ans, par l'activité « Peindre à la manière de Kandinsky » autour du tableau « Squares with concentric circles ». À l'adolescence, la découverte de Picasso, Dali et Warhol a été marquante pour moi. Picasso devient alors un modèle que je copie. Je peins et expérimente. Plus tard, à l'age de 18 ans, je pars plusieurs mois comme jeune fille au pair aux Etats-Unis, à Philadelphie, et profite de ce temps pour visiter de grands Musées : le Museum of Philadelphia, Le Moma de New York, Le Metropolitan, Le Guggenheim etc. Je me confronte en face à face aux grands artistes ayant laissé leur trace dans l'histoire de l'art et c'est à ce moment là que j'ai décidé que ma vie serait faite de peinture. C'est un choc, une révélation.

Parlez-nous de vos thèmes clefs. Y a-t-il des messages ou des théories cachés dans votre travail ?

Le thème clef de mon travail est l'idée du voyage, certes dans le paysage. Mais il s'agit plutôt de voyages intérieurs. Il faut voir plus loin qu'une simple peinture de paysage. Ces paysages sont des espaces pour se projeter dedans, des espaces méditatifs. Et, même si la forme et le processus créatif sont très différents dans mes "paysages abstraits", il s'agit de la même chose. Il est question d'introspection, de "regard en soi-même". Concernant ma série des masques, là aussi, chaque toile suscite une réflexion. Avec les masques, il est bien sûr question d'identité, de ce que l'on donne à voir de qui l'on est, mais par le choix de ces masques il est aussi question de notre rapport à la spiritualité et au sacré.

Évoquons à présent votre approche artistique. Comment définiriez-vous votre style ? Avez-vous une ou des techniques spécifiques ?

Pour ce qui est du style, on peut dire que je suis une artiste protéiforme et libre ! J'ai mon style dans chacun de mes styles ! Je m'autorise à explorer divers champs de l'art. Je suis une peintre autant figurative qu'abstraite. Je peins à l'acrylique et à l'huile sur toile ou bois. J'utilise également des pastels gras, du fusain, des crayons. Je pratique également l'aquarelle, la linogravure et la photographie. Je suis attachée à l'esthétique et l'harmonie des formes et des couleurs mais au service d'une émotion vécue et vraie. J'aime que les couleurs soient fortes, intenses et contrastées.
Pour qu'il y ait peinture, il doit y avoir une émotion, présente ou passée et qui fait émerger quelque chose. J'aime la peinture en elle-même pour ce qu'elle a de poétique et de mystérieux, pour ce qu'elle provoque chez moi au moment de la création et aussi ce qu'elle suscite chez celui qui la contemple. Je suis gourmande des couleurs vives et contrastées, c'est une ode à la vie !

Venons-en à ce tableau, « Ne laisse pas passer ta chance », que vous avez réalisé cette année. Pouvez-vous le resituer dans le contexte de votre œuvre en général ?

J'ai commencé en 2013 une série de peintures ayant pour thème un road trip que j'ai fait aux USA et intitulée « East-West Memories ». Du Texas à la Californie en passant par le Nouveau-Mexique et l'Arizona. La traversée de ces grands espaces, les ciels immenses, ces horizons mystérieux, les routes interminables, des kilomètres sans croiser personne, le silence, et ces maisons, cabanes, cabanons, architectures, plantés au milieu de rien. L'humain quasiment absent et pourtant des traces d'hommes et de civilisation. Sensation de liberté, et d'infini. Ce voyage a marqué ma vie.

« Ne laisse pas passer ta chance », 65/81 cm, Acrylique sur toile, 2020

Il y a une première chose qui est donnée à voir, qui est un paysage, mais on peut aller bien au delà. L'idée de la cabane comme espace de tous les possibles, comme contenant de secrets et mystères, métaphore, abri, refuge, dimension poétique de la cabane, lieu pour rêver, se reposer, respirer. J'invite celui qui regarde à rentrer en lui-même en pénétrant dans ces cabanes. La cabane est un pont entre l'imaginaire et le moi.
Cette peinture, réalisée il y a tout juste un mois est un peu éloignée dans le temps de mon road trip. L'approche est quelque peu différente. Je n'avais pas une idée tout à fait précise de ce à quoi allait ressembler cette toile. Le point de départ est cette idée de cabane, une ambiance un peu hors du temps, et j'avais des envies de couleurs spécifiques. Au moment de peindre je n'intellectualise pas. La peinture se fait. Je suis remplie d'idées, d'images, de peintures, de couleurs, de souvenirs, de sensations, et alors les choix se font de manière plutôt instinctive. Certains éléments sont précis d'autres plus flous, pour que chacun puisse y donner sa propre interprétation, y projeter ce dont il a envie. Finalement mes explications n'ont que peu d'intérêt, toutes les vérités sont dans les perceptions et interprétations de ceux qui la regardent. Ce qui est important pour moi, c'est que ma toile entre en résonance avec celui qui va contempler.

Avant de nous quitter, je demande à Elodie Jammes de parler de ses projets.

Je continue ce travail sur les paysages introspectifs mais je pense aussi continuer ma série de portraits masqués. Dans la forme, c'est très différent, et pourtant dans le fond c'est entièrement lié. D'ailleurs j'ai peint 2 toiles sur lesquelles ces personnages sont venus carrément s'inviter dans les paysages.

Pour suivre le travail d'Elodie Jammes sur le net,

plusieurs supports s'offrent à vous :

Son site –  Facebook  –  Sa Page Facebook  –  Instagram –  Youtube  –  Singulart

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